Le blog des Maçons Parisiens

Un monument inconnu mais unique à Paris

« L’Annonciation » est un couvent de 35 frères dominicains au service de la prédication, situé dans un lieu très inattendu : au 222, rue du Faubourg-Saint-Honoré, à Paris. Il est cependant invisible de la rue, et l’on doit passer un premier porche avant d’entrer dans l’église elle-même.

Le couvent de « L’Annonciation » a été fondé en 1613, rue Saint-Honoré. « Jacobins » est alors le surnom des dominicains. Les révolutionnaires qui s’y réunissent décident de prendre ce nom et forment alors le fameux club dont Robespierre devient l’âme. Ce souvenir – et celui de la Terreur – est si désastreux que les parisiens décident de le détruire. Dans les années 1870, « l’Annonciation » fut réinstallée dans la même rue, mais deux kilomètres plus loin, « à la campagne ! », faubourg Saint-Honoré. Les « faux bourgs » parisiens prenaient alors ce nom car ils n’étaient pas tout-à-fait un bourg, puisque se rattachant à Paris.

Le couvent de « L’Annonciation » est en effet bien caché depuis la rue que sa présence est longtemps restée fort inattendue pour le passant non averti. Elle est récemment devenue moins surprenante pour le passant curieux, avec l’ouverture d’un espace librairie en lien avec les éditions du Cerf, Le Passage du 222.

A l’intérieur, où l’on découvre une architecture des années 1930 qui se déploie autour d’un cloître et se révèle unique à Paris. Grande église, orgues Silbermann, cloître « Art-Déco », œuvres d’art se dévoilent à qui pénètre en son sein, étonné d’une telle quiétude à deux pas de l’Étoile.

Quatre siècles d’histoire

Comme le rappelle le frère Yves Combeau, le couvent de l’Annonciation a connu deux périodes. La première commence en 1611. Paris possède un couvent médiéval, Saint-Jacques, mais l’ordre traverse alors une phase de « réforme », c’est-à-dire aux usages primitifs, dans un esprit d’austérité. Pour cette raison, le père Sébastien Michaëlis, qui vient de réformer la province de Toulouse, crée un second couvent rue Saint-Honoré, dans quartier nouveau riche en couvents, mais aussi voisin des Tuileries où réside la Cour.

La construction est financée par un don de l’évêque Henri de Gondi et par le lotissement des marges du vaste terrain choisi (rues Saint-Hyacinthe, de la Sourdière, Gomboust). Le couvent n’a sur la rue qu’un portail, actuel 308, rue Saint-Honoré. La bâtisse est de la plus extrême sobriété : l’église est si modeste que sa voûte est entresolée, le lieu de culte au rez-de-chaussée, la bibliothèque à l’étage. Cette bibliothèque est le seul luxe du couvent, non par son décor, qui se limite aux boiseries, mais par sa taille. La chapelle reçoit quelques tableaux de qualité, comme la grande Annonciation de Pourbus, qui orne le retable du maître-autel, deux tableaux de Mignard et des tombeaux d’artistes ou de grands seigneurs.

Cette austérité exceptionnelle surprend et attire. Non seulement l’Annonciation conservera jusqu’à la Révolution une excellente réputation chez le peuple de Paris dont on connaît le naturel moqueur, mais une brillante génération de spirituels succède à Michaëlis mort en 1618 et donne au couvent un rayonnement durable. Le plus célèbre de ces religieux est le père Alexandre Piny, qui élabore une doctrine du « pur amour » ; suivent en renommée Chardon, Billecocq, Massoulié… Au XVIIIème siècle, le couvent, toujours réputé pour son sérieux, brille plutôt par le travail scientifique de ses membres, comme le père Labat.

Les frères sont expulsés entre 1790 et 1793 et le couvent devient le siège du club politique des Jacobins. Après la chute des Jacobins, en 1794, le couvent est séquestré, puis détruit ; en 1806, il est remplacé par le marché Saint-Honoré. Les vestiges sont infimes.

En 1874, devant le succès de l’ordre refondé en France par le père Lacordaire et l’étroitesse du couvent Saint-Jacques rétabli en 1849, le provincial décide de rouvrir un second couvent parisien. Dédié au Saint-Sacrement — le nom ancien sera repris dans les années 1950 —, il est installé 222, rue du Faubourg-Saint-Honoré, dans un quartier en plein bouleversement haussmannien. L’église est achevée la première entre 1877 et 1897. Après les péripéties des crises anticléricales, le couvent est enfin complété par son cloître et ses cellules ; en 1930, avec sa sobre architecture, ses peintures de Tissot, Couturier, Imbs, Desvallières, ses sculptures de Sarrabezolles, il a pris son visage définitif. Siège de la province de France, résidence de prédicateurs aussi célèbres que Sertillanges, Didon, Janvier, Bruckberger, le couvent rayonne par son apostolat sur Paris et la France entière. Le chœur est refait pour la messe télévisée du Jour du Seigneur en 1960, l’immeuble sur la rue dans les années suivantes, le cloître dédoublé et de vastes espaces créés dans les années 2000.

 

C’est un couvent beau, vaste et pratique qui a célébré, en 2013, son quatrième centenaire, loin des guides touristiques et des medias. Mais peut-être est-ce mieux ainsi.

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